Mardi 18 août 2009
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Passage en force

Les grandes musiques ne meurent jamais. Souvent rayonnante, parfois au bord
de la déroute par la propre faute des musiciens congolais, mais toujours applaudie, la rumba congolaise continue sa marche à travers le temps. Et même si elle s’est fait quelques frayeurs, elle
peut compter sur ses nouveaux porte-étendard, Koffi Olomidé, Karmapa, Fally Ipupa et autres, revenus à la raison. Il était temps!
Depuis la génération des Wendo, le règne des Franco, Tabu Ley, Joseph Kabassélé, l’avènement des groupes (Zaïko Langa Langa, Lipua-Lipua) jusqu’aux orchestres Wenge, Extra Musica, Quartier Latin,
la rumba africaine a connu plusieurs variantes. Lente, langoureuse et poétique au commencement, son rythme s’est progressivement accéléré depuis que Tabu Ley Rochereau y a introduit la batterie
vers le milieu des années 60.
Mais, c’est surtout au début des années 70 que naissent plusieurs orchestres zaïrois qui vont imprimer une autre allure, plus frénétique, à cette rumba. Ce sont, entre autres, Zaïko Langa Langa,
Kamalé, Lipua-Lipua… ainsi que l’orchestre Bella Bella dont la chanson « Houleux-Houleux » créait une véritable rupture avec la rumba douce des Franco, Dr Nico, Josky. Cette tendance à exécuter le
sebène (animation) de façon prolongée va connaître une vraie explosion. du début des années 70 jusqu’à nos jours. Avec des mouvements musicaux tels que le soukous, le kwassa-kwassa de Kanda Bongo
Man, le ndombolo, etc. Qui ont pris de l’ampleur grâce à des succès comme, entre autres, « Chouchouna » (Papa Wemba et Zaïko), « Pon moun paka bougé » (Pépé Kallé), « Loi » (Olomidé). Certes, le
sebène ou le chauffer-chauffer avaient enflammé les bals, les soirées un peu partout en Afrique, mais le public a fini par être agacé par le trop plein de bruits. Et comme les chansons n’étaient
pas toutes forcément de meilleures qualités, il s’est produit un phénomène de rejet. Du moins, le public étant saturé, cherchait autre chose. D’où la ruée à Abidjan au début des années 90, vers le
zouglou (1er Gaou, Magic System). Et ceci explique également la razzia, depuis 2003, du couper-décaler.
Ce n’est pourtant pas la première fois que la musique congolaise connaît un recul. A la fin des années 70 déjà, le réveil de la musique ivoirienne (avec Eba Aka Jérôme (Trahison), Spinto Bailly
(Taxi Sougon), Ernesto Djédjé (Ziboté) ainsi que l’extraordinaire percée de la musique nigériane avec les Prince Nico M’Barga, Oliver Decoq, Sonny Okosun… avaient ralenti la rumba congolaise. Sam
Mangwana, Théo Blaise Nkounkou et le African All Stars (Georgette Eking, Belle Amichia ), Pambou Chicaya Chico et les Evadés de Ponton La Belle (Jeannot) essayaient, tant bien que mal, de maintenir
à flot la musique des deux rives du Congo. Mais, la tempête du makossa avec Moni Bilé, Sam Fan Thomas, puis celle du zouk de Kassav’ lui feront barrage jusqu’à l’arrivée à Abidjan, en 1986, d’un
certain Koffi Olomidé encore très trempé dans la rumba originelle (Orphelinat).
Le succès du Tchatcho a contribué au retour en force de la musique congolaise. Mais, peu après, Koffi est lui aussi entré dans les longues séquences d’animation (sebène) dans ses chansons. Comme
tous les autres.
Les musiciens congolais auraient-ils compris aujourd’hui l’urgence de revenir aux vraies valeurs de la rumba ? C’est ce qui semble s’opérer avec la génération actuelle. Avec à sa tête Koffi Olomidé
qui ne cache plus sa volonté de se tourner vers les origines.
Sans la jouer exactement comme les pères de cette musique, il propose une rumba plus dépouillée où il introduit des sons nouveaux. Ce qui donne à cette rumba-là, un doux relent de rythme &
blues, façon Barry White.
De jeunes talents comme Fally Ipupa, Modogo Abarambwa, Ferré Gola, Le Karmapa, entre autres, lui ont emboîté le pas. Tous sortis de l’école d’Olomidé, leur rumba (mis au goût du jour) dégage
également une agréable pureté. Même si Le Karmapa reste résolument collé à la rumba de papa, celle des Franco, on retrouve avec joie ce rythme.
Et quand on écoute Doudou Copa, on peut dire que cette musique congolaise a encore de beaux jours devant elle.
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Par R. Jordan
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