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LA BEAUTE NATURELLE AFRICAINE

 

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STARMANIA

 
 

 

Sur les traces des pirates
 

Jadis paradis des œuvres discographiques, la Côte d’Ivoire est devenue en quelques années, un vaste foyer de fossoyeurs de l’industrie musicale. Comment en est-on arrivé là ?

Doit-on reprocher à Philips et Sony d’avoir créé trop tôt le compact disc (CD) pour remplacer le traditionnel disque vinyle dans l’industrie musicale ? Arrivé dans les bacs ouest-africains à la fin des années 80, le CD va se révéler être un redoutable support pour la contrefaçon : il a le chic de faciliter les copies.

Dès lors, les seigneurs de la contrebande vont s’en saisir pour pénétrer le marché discographique. La piraterie qui opérait déjà sans bruit depuis quelques années vient ainsi de connaître un coup d’accélérateur. Des pays comme le Ghana, le Nigéria, le Bénin, le Togo sont envahis par les cassettes piratées.

En Côte d’Ivoire, le dispositif de lutte et de répression contre la piraterie mis en place par les maisons de distribution comme Emi Pathé Marconi et plus tard Emi Jat Music empêche le phénomène de prospérer. C’est ainsi que, entre 1986 et 1999, des artistes comme Alpha Blondy, Aïcha Koné, Meiway, Ismaël Isaac… et même la génération zouglou comme les Salopards, les Poussins Chocs,  Magics System réussissent à faire des records de ventes mémorables. Devant les chiffres de ventes des disques des gaou et autres, on se met à rêver d’un avenir radieux pour l’industrie du disque en Côte d’Ivoire. Mais hélàs ! Dès le début des années 2000, et surtout dès le déclenchement de la crise ivoirienne, les choses vont se dégrader.

La guerre et son corollaire, le couvre-feu, vont très vite forcer les populations ivoiriennes à s’installer, à leur corps défendant, dans une forme de vie sédentaire. Une situation insupportable pour des gens qui n’avaient jamais appris à vivre enfermés chez eux. Du coup, pour passer le temps, chacun se rue sur la musique et plonge dans de longues séances vidéo à la maison. Les commerçants (y compris les contrebandiers) qui ont compris vont inonder le marché de lecteurs DVD, VCD et CD à des prix incroyablement bas. Même le wotrotigui (conducteur de pousse-pousse) peut s’en offrir.

Seulement, voilà ! Si les lecteurs sont bon marché, les disques, eux, coûtent cher : entre 10 000 et 15 000 F cfa, le disque audio ou vidéo. Du coup, nombre de possesseurs de ces appareils se rabattent sur les CD, DVD et VCD piratés en vente libre et à vil prix.

Pour les étudiants, reconnus gros consommateurs de musique, c’est une véritable bouffée d’oxygène. Entre amis, on commence alors à se graver des musiques téléchargées sur ordinateur. Puis le cercle s’agrandit et la demande de plus en plus forte. Des cybercafés installés sur le campus universitaire entrent dans la danse. «Au début, nous ne faisions que des traitements de textes et le montage de divers documents. On faisait de la gravure sur CD de temps à autre pour quelques étudiants qui venaient le demander. Mais avec le temps, les demandes ont commencé à monter ! Si bien que certains d’entre nous ont délaissé les traitements de texte pour se consacrer à la gravure  des CD. Il faut comprendre que non seulement c’était moins fatigant, mais en plus, ça rapportait beaucoup», explique Gérard, devenu fabricant de CD piratés sur le campus de Cocody.

Très vite, le phénomène dépasse le cadre des étudiants. «On a commencé à recevoir aussi les demandes des particuliers, des gérants de maquis qui venaient nous voir pour se faire des compilations. C’est comme ça qu’on a compris qu’il y avait vraiment une réelle demande sur le marché !», ajoute-t-il.

Pour répondre à la demande croissante, les tout premiers CD audio piratés made in Côte d’Ivoire atterrissent sur les étalages des revendeurs de CD et vidéos.

C’est un succès commercial


Du coup, même les difficultés rencontrées sur le terrain ne représentent rien pour ces pirates. «Des agents des mairies,  des forces de l’ordre et des agents du Burida  venaient ramasser ou détruire nos CD. Mais comme ça marchait bien, on était obligés de continuer comme ça, quoi !», raconte Mike, un revendeur au djassa (bazar) de Koumassi…

«En tout cas, avec la crise, on a vu que les descentes des forces de l’ordre et même du Burida avaient pratiquement cessé. On payait les taxes à la mairie. Mais les forces de
l’ordre avaient compris qu’on faisait cela pour se débrouiller, quoi !»

Le campus de Cocody devient progressivement le centre des opérations de ce trafic somme toute juteux. Les particuliers installés sur l’espace de l’ancien parking Sotra et le marché changent d’activité. En lieu et place des logiciels de traitement de texte, chacun d’eux s’équipe d’ordinateurs, des meilleurs graveurs possibles. Dans les cités de Cocody et d’Abobo, certains étudiants, anciens étudiants et même des particuliers s’associent pour monter de petites unités de gravure de CD.

«Nous nous sommes entendus avec les gars de la Fesci et nous payons des taxes spéciales par rapport à ce que nous faisons. Mais je ne peux pas vous dire combien. Ça dépend en fait des relations de chacun dans le milieu», revèle notre interlocuteur.

Le choix de ces «commerçants» de rester là malgré la taxe spéciale infligée par la Fesci n’est pas fortuit. Du fait des franchises universitaires, ceux-ci  travaillent avec la garantie de ne jamais subir de descentes policières, encore moins des agents du Burida ou de quelques artistes révoltés. Mais hors de ces sites, les choses sont un peu plus compliquées. A Abobo (derrière rails), dans une arrière-cour transformée en véritable unité de production de  CD, les employés sont toujours sur le qui-vive. «Notre problème, c’est qu’on est obligés de déménager sans cesse. On ne sait pas comment ils sont informés, mais souvent,  des éléments des forces de l’ordre viennent nous saisir ici ! Et là, pour éviter qu’ils emportent nos machines, on leur donne  entre 100 et 150 000 FCFA», raconte un des employés, en l’absence de son patron. Vrai ou faux ? «Si après leur première descente, tu ne déménages pas, tu es foutu ! Car, tu deviens leur vache à lait. C’est ça qui nous fatigue un peu, quoi ! Sinon, à part ça, sincèrement, les choses marchent.»

NFR, lui, est installé dans une cour  à Port Bouët (Adjoufou), dans le prolongement de l’aéroport. Ici, on n’a pas les mêmes problèmes. On ne joue pas à cache-cache avec le Cecos. Et pour cause : «C’est une question de relations, hein !» dit-il, laconique. Mais des indiscrétions de son entourage nous permettent de savoir que l’homme travaillerait sous la coupe de quelques hauts placés. Ici, comme ailleurs, qu’il s’agisse d’un fabricant «parrainé» ou non, n’allez pas demander à un revendeur de vous conduire chez son «fournisseur». Il ne le connaît pas vraiment. Sur chaque point de vente, il y a un livreur qui sert d’intermédiaire entre les fabricants et les revendeurs. «Il y a un  gars qui vient nous fournir les CD ici même. Il arrive tous les soirs aux environs de 17 heures. On fait le point avec lui, on lui remet la liste des CD qui sont très demandés et le lendemain, il vient nous les livrer. Si tu as passé la commande de dix, vingt, quarante CD, tu paies et tu les récupères. Après, selon tes relations avec lui, il peut te les donner à crédit ou te faire payer une avance.» explique Fan, un revendeur d’Adjamé (220 logements).

Dans ce business illégal, les revendeurs sont, naturellement, les plus exposés aux  descentes de la police ou des agents du Burida. Mais avec le Burida, les jeunes gens sont plutôt sereins. C’est qu’il existe des informateurs qui les préviennent souvent de l’arrivée des contrôleurs.
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